Souveraineté, sobriété Épisode #3 : maîtriser nos dépendances pour renforcer notre souveraineté numérique
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Mélanie Raphaël (DINUM) : la sobriété numérique, un levier pour maîtriser nos dépendances et renforcer notre souveraineté
Dans ce troisième épisode de la série **« Souveraineté, sobriété »**, **Mélanie Raphaël, experte numérique écoresponsable à la Direction interministérielle du numérique (DINUM) et pilote de la Mission interministérielle numérique écoresponsable (MiNumEco)**, revient sur les liens entre sobriété, souveraineté et résilience des systèmes numériques.
La MiNumEco accompagne les ministères dans la réduction de l'empreinte environnementale de leur numérique. Elle suit notamment l'avancement et la mise en œuvre des feuilles de route numérique écoresponsable, ainsi que les impacts environnementaux des actions engagées. L'objectif est de mesurer les résultats obtenus, d'ajuster les trajectoires et d'orienter les décisions vers les leviers les plus efficaces.
Cette action s'appuie également sur la formation, la sensibilisation et la mise à disposition de ressources et de référentiels communs, afin de permettre aux administrations de mieux intégrer les enjeux environnementaux dans leurs stratégies et leurs pratiques numériques.
À l'occasion de la matinée « Sobriété numérique et souveraineté », organisée conjointement par la DINUM et la Direction du numérique du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, Mélanie Raphaël a animé une table ronde réunissant cinq experts. L'ambition de ces échanges était d'élargir la réflexion au-delà des seuls enjeux techniques, en interrogeant également les leviers de l'action publique, les politiques industrielles et la diplomatie numérique.
Un premier enseignement se dégage : la sobriété numérique constitue un véritable levier de souveraineté. Mieux maîtriser ses besoins et ses ressources permet de mieux connaître ses chaînes d'approvisionnement, de gérer plus durablement son parc informatique et de renforcer la maîtrise de ses infrastructures critiques.
En limitant les besoins en équipements, en énergie et en ressources, les organisations peuvent également réduire certaines dépendances et leur exposition aux tensions d'approvisionnement. La sobriété contribue ainsi à renforcer la résilience et la capacité d'action des administrations.
Un deuxième enseignement concerne les oppositions souvent établies entre sobriété et performance, ou entre souveraineté et efficacité. Ces objectifs ne sont pourtant pas nécessairement contradictoires. Il est possible de concevoir et d'exploiter des systèmes numériques à la fois sobres, performants, souverains et résilients.
Dans un environnement technologique mondialisé, une souveraineté totale sur l'ensemble de la chaîne de valeur apparaît largement illusoire. L'enjeu est plutôt d'identifier les dépendances existantes, de déterminer celles qu'il convient de réduire et de développer des alternatives adaptées, à la bonne échelle.
Cette approche suppose de ne pas limiter la souveraineté aux seuls logiciels ou aux infrastructures d'hébergement. Elle invite à prendre en compte l'ensemble du cycle de vie du numérique, depuis l'approvisionnement en matières premières et la fabrication des équipements jusqu'à la conception, au développement et à l'exploitation des services numériques.
Les ressources matérielles nécessaires au numérique sont limitées. Leur disponibilité, leur consommation et leur renouvellement doivent donc être intégrés aux choix technologiques et aux stratégies de long terme. La transition écologique et la souveraineté numérique ne peuvent plus être pensées indépendamment.
Chaque acteur du numérique dispose de leviers d'action, qu'il intervienne dans la conception d'un service, son développement, son hébergement ou la gestion des équipements. Ces choix contribuent à construire des systèmes numériques plus sobres et à mieux maîtriser les dépendances dont ils reposent.
La souveraineté numérique ne consiste donc pas à rechercher l'indépendance absolue, mais à préserver notre capacité de choix et d'action. En conciliant sobriété des ressources, maîtrise des dépendances, performance et résilience, les administrations peuvent inscrire leurs politiques numériques dans une trajectoire plus soutenable.
À travers cette série, la MiNumEco explore les différentes dimensions de cette convergence entre sobriété, résilience et souveraineté numériques, à partir des interventions de la matinée « Sobriété numérique et souveraineté », organisée le 17 mars 2026 par la DINUM et le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.