Mélanie RAPHAËL
Responsable de la MiNumEco
Experte Numérique Écoresponsable - DINUM
Quand j’essaie d’avancer avec des équipes sur la question de l’éco-conception, on utilise bien entendu le RGESN, le référentiel général d’éco-conception des services numériques.
La première réaction est souvent : « Ah non, c’est trop compliqué, on a déjà d’autres référentiels avec l’accessibilité, avec le design… » comme si cela venait ajouter un référentiel supplémentaire.
J’essaie alors d’expliquer que ce n’est pas vraiment le cas : beaucoup de critères se recoupent et c’est beaucoup plus simple à appréhender qu’on ne l’imagine.
C’est là que l’Index de conception responsable, l’ICR, devient utile. C’est un outil qui permet de croiser plusieurs référentiels et surtout d’embarquer les équipes plus facilement.
Il n’a pas vocation à être exhaustif. Son objectif est avant tout de permettre d’entrer dans la démarche.
Avec l’ICR, on peut commencer à travailler avec les équipes et dessiner une première feuille de route pour avancer à la fois sur l’accessibilité, l’éco-conception et la qualité du design.
Une fois cette première évaluation réalisée, lorsque vous effectuez ensuite une évaluation complète avec le RGESN, vous constatez que vous avez déjà progressé. C’est la même chose pour l’accessibilité, souvent sans avoir eu l’impression de fournir un effort supplémentaire.
Cet Index de conception responsable est disponible en ligne et peut être utilisé par toutes et tous.
Pour le parcours secteur public, nous avons fait évoluer l’outil afin de prendre en compte certains contextes particuliers. Par exemple, les administrations ne font généralement pas de publicité.
Nous avons donc souhaité simplifier l’approche pour éviter l’impression d’un foisonnement de critères qui ne concerneraient pas le secteur public.
L’outil a été recentré sur les réalités des services numériques publics. Il peut être utilisé aussi bien pour des applications métiers que pour des services numériques destinés au grand public.
L’ICR permet ainsi de réaliser une première évaluation et de poser les bases d’une démarche. Tout le monde peut se l’approprier.
Nous avons pris en compte différents contextes. Nous avons travaillé à partir de recherches utilisateurs et interrogé plusieurs administrations, la sécurité sociale et des opérateurs publics afin de comprendre leurs contraintes et leurs usages.
En pratique, toute personne du secteur public peut utiliser le parcours ICR secteur public. Un designer ou un chef de projet peut également utiliser à la fois le parcours secteur public et le parcours privé.
La première ambition de l’ICR est d’embarquer les équipes et de poser un premier jalon dans une feuille de route mêlant éco-conception, accessibilité et qualité du design.
La seconde ambition est d’aller plus loin en s’intégrant dans un écosystème d’outils.
L’ICR repose sur une auto-évaluation. Par ailleurs, nous développons également, avec le ministère de la Transition écologique, des outils automatisés permettant de mesurer l’empreinte environnementale d’un système d’information.
Cet outil s’adresse principalement aux chefs de projet et aux designers afin de leur permettre de s’emparer concrètement du sujet et de l’intégrer dans une démarche globale.
L’objectif est que le secteur public s’en empare et que l’on voie apparaître de plus en plus de déclarations d’éco-conception, afin de dire où l’on en est, où l’on souhaite aller, et d’être transparent vis-à-vis des citoyens.
Les agents publics sont très engagés dans cette démarche et souhaitent aller plus loin.
L’éco-conception est essentielle à la fois pour l’environnement et pour l’accessibilité, mais aussi pour la qualité des services numériques.
Selon les chiffres de l’ADEME, le premier impact environnemental du numérique provient du matériel et le second des data centers.
Un service numérique agit sur ces deux dimensions, mais l’impact principal se situe souvent du côté du matériel.
Un service mal conçu peut accélérer l’obsolescence des équipements, c’est-à-dire obliger les usagers à renouveler plus fréquemment leurs ordinateurs ou leurs téléphones pour accéder au service.
Dans le cas d’un service public, c’est un enjeu majeur, car cela crée aussi des problèmes d’accessibilité.
Améliorer l’éco-conception permet donc à la fois de réduire l’empreinte environnementale et d’améliorer l’inclusivité.
Pour intégrer ces enjeux dans un plan de charge, cela passe par des critères d’éco-conception concrets.
C’est pourquoi nous nous appuyons sur le RGESN, qui traduit les impacts environnementaux en critères opérationnels.
L’ICR permet de croiser ces critères avec ceux du RGAA et d’autres référentiels.
Concrètement, pour l’intégrer dans un plan de charge, il suffit d’identifier ce qui est déjà fait afin de définir un point de départ et une trajectoire.
Ensuite, on identifie ce qu’il reste à faire : cela peut concerner des critères techniques, par exemple lors d’une revue de code, le choix d’un hébergement, ou encore des décisions de design comme l’attention portée au poids des images.
Ces éléments peuvent ensuite être intégrés dans les objectifs du projet et dans la feuille de route.